18e congrès de l’Union départementale CGT du Val-de-Marne : intervention de Denise Foucard

Villejuif les 5,6, et 7 octobre 2011

Il est de tradition, que chacun des congrès de l’UD comporte une initiative culturelle.
Cette année, c’est l’Institut d’Histoire Sociale qui présente une exposition, dont le contenu, s’il vise essentiellement à raviver la mémoire sur le rôle de la Résistance durant l’occupation nazie, correspond aussi au maître mot des luttes d’aujourd’hui : « Il faut résister ».
Certes il serait un peu abusif de parler de similitude, car il était autrement difficile d’avoir une attitude citoyenne de Résistance alors que la France venait d’être livrée au fascisme hitlérien.
S’engager sur le choix du chemin de l’honneur, au péril de sa vie, demandait une lucidité politique particulière.
Et pourtant, ce sont les ouvriers dans les usines, sur les chantiers, sur tous les lieux du travail, le plus souvent communistes et militants de la CGT, qui furent les premiers à répondre aux appels à la Résistance de Charles Tillon le 17 juin 1940 au nom du Parti communiste et du général de Gaulle le 18 juin.
C’est pourquoi, réveiller l’esprit de la Résistance, mieux faire connaitre l’horreur des crimes commis par l’occupant nazi et le gouvernement français à sa solde donne la mesure des énormes responsabilités de la droite française, sur lesquelles d’ailleurs, le pouvoir actuel reste d’une grande discrétion, comme en témoigne l’extrême pauvreté des programmes de l’Éducation nationale sur ce domaine. Par contre ils se montrent moins discrets lorsqu’il s’agit de la réhabilitation de Renault frappé d’indignité nationale pour collaboration avec l’ennemi.

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18e congrès de l’Union départementale CGT du Val-de-Marne : intervention de Denise Foucard

Notre exposition est consacrée, de volonté délibérée, aux femmes résistantes, liant le rôle qu’elles jouèrent dans l’action indispensable pour sauver la France, à un autre combat qui reste toujours d’actualité pour que disparaissent toutes les formes de discrimination envers les femmes.
Il m’est d’ailleurs agréable de me trouver dans le droit fil de plusieurs interventions concernant les discriminations intolérables.
L’anomalie flagrante de l’infériorité des femmes, dure depuis plus de 20 siècles, et les quelques avancées politiques le furent grâce aux combats qui ont traversé les différentes sociétés dans le monde, sans jamais aboutir totalement, le problème étant d’ordre politique, économique et culturel.
Et ne nous y trompons pas ! même les acquis salués comme des victoires fondamentales sont toujours exposés aux attaques des forces rétrogrades et des intérêts économiques, comme l’IVG en butte à de graves difficultés d’existence ou la notion de l’égalité des salaires qui a fait l’objet de 7 lois, sans que jamais ne paraissent de véritables décrets d’application, qui déplairaient au MEDEF, le maître à penser incontournable du pouvoir.
Mais l’histoire est têtue quand elle s’exprime. Alors qu’elles étaient fort éloignées du rôle de citoyennes, puisque privées du droit de vote, et infériorisées au sein du foyer par la loi, les femmes créèrent des mouvements anti fascistes, agissant pour l’égalité des droits, pour les libertés et contre la guerre.
En 1940, alors que la France n’était plus qu’une nation mise à genou, livrée au pillage, aux privatisations et à une féroce répression elles devinrent, pour la première fois dans notre histoire, garantes de leur foyer, elles occupèrent dans les usines la place des hommes faits prisonniers et souvent participaient aux sabotages de la production destinée à l’occupant, œuvrant ainsi à l’affaiblissement de ses moyens répressifs. Nombreuses furent celles qui intégrèrent les mouvements de Résistance, comme en témoigne notre exposition.

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18e congrès de l’Union départementale CGT du Val-de-Marne : intervention de Denise Foucard

C’est donc ainsi, que diminuées en droits légaux, elles furent objectivement responsabilisées en tant que citoyennes, dans les luttes pour aboutir à la libération de la France, compte tenu de formes d’actions qui revenaient particulièrement aux femmes.
Cependant, alors qu’il est fréquent de trouver des rues ou des établissements scolaires et culturels portant des noms de résistants, très peu de femmes sont ainsi honorées. Nous avons retrouvé 47 femmes du Val-de-Marne dont le rôle dans la Résistance était loin d’être mineur et pourtant la plupart d’entre elles sont totalement ignorées.
Il faut savoir que lorsqu’une femme tombait dans les griffes de la Gestapo allemande, ou de la police française, qui mettait un zèle particulier à servir l’occupant, si elle n’était pas dirigée vers les camps de la mort, après tortures, elle était décapitée, puisque jugée indigne d’un peloton d’exécution.
Tout ceci doit nous conduire à réfléchir sur les dangers de la montée actuelle de l’extrême droite dans le monde, alors qu’après la Deuxième Guerre mondiale on la disait éradiquée pour toujours.
Et pourtant c’est un phénomène qui touche tous les pays d’Europe, avec cette même particularité que partout les partis fascistes se positionnent sur des thèmes sociaux, comme le fit Hitler en 1933, comme le font les Le Pen, père et fille, très largement médiatisés et se disant les mieux à même de défendre la cause du peuple pour l’emploi, la santé, les retraites, le pouvoir d’achat, etc.
Or, ces discours populistes cachent mal la haine et la violence qui les habitent, mais ils atteignent malheureusement de pauvres gens, fragilisés par la dureté de leur sort, et qui croient y reconnaître leurs véritables intérêts. Les profits scandaleux, les bas salaires, la régression permanente du niveau de vie, le chômage, ne sont pas selon eux les conséquences du capitalisme mondialisé, mais tout simplement la faute des immigrés.
À cette nuance près, est-il bon de préciser que le Front national ne parle jamais, pour étayer son catalogue grossièrement illusoire, de la nécessité première de s’attaquer au capital, de concevoir un autre partage des richesses, de transformer le monde capitaliste, largement prédateur de l’humanité, en une société de justice sociale, de liberté et de démocratie.
Leur véritable carte de visite est synonyme de racisme, de xénophobie et d’activités criminelles ; ils l’ont écrit en lettres de sang dans l’histoire.
Et pourtant, le virage vers l’extrême droite qu’opère de plus en plus la politique de la droite française au pouvoir, pour sauver les sordides intérêts des fauteurs de la crise, atteint aujourd’hui la démesure.
Il est maintenant devenu évident que la France est dirigée par une clique gouvernementale, constituée de mannequins, totalement assujettis au monarque de l’Élysée et qui n’excellent que dans l’art de l’imposture, de la destruction sociale et du mensonge.

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18e congrès de l’Union départementale CGT du Val-de-Marne : intervention de Denise Foucard

Eh bien ça suffit !

Il se trouve aujourd’hui, selon un récent sondage, 86 % de français exprimant un rejet de cette politique, tant elle est désastreuse et source, comme le dit Bernard Thibaut, de « catastrophe sociale si les salariés n’organisent pas la riposte  ».
Le changement de composition du Sénat après 50 ans de domination foncièrement réactionnaire est un premier appel d’air qui en appelle d’autres.
Et, là encore, si la gauche nouvellement élue a fort heureusement enrichi le nombre des sénateurs de 4 femmes, la docte assemblée trouvait largement suffisant d’en compter 18 %. Elles seront donc maintenant 22 %, mais on voit combien la parité reste encore dans l’ordre des vœux pieux.
La CGT en tant qu’organisation syndicale de classe, a payé un très lourd tribut à l’action de la Résistance. Elle s’honore d’avoir largement contribué, durant l’occupation au contenu du programme progressiste et novateur du Conseil national de la résistance.
Et c’est justement comme plusieurs intervenants l’ont dit, tout ce contenu social qui est aujourd’hui dans le chant de vision des hommes du grand capital, coupables de collaboration avec les criminels nazis et qui entendent prendre leur revanche contre les peuples.
Ceci explique la guerre à outrance qu’ils mènent contre les Services publics.
Ainsi, parler de ce que fut la Résistance ce n’est pas seulement, cultiver l’émotion et la compassion, pour tous ceux qui en furent les victimes, c’est encore moins l’hommage faussement ému à Guy Môquet concocté hypocritement dans les salons de l’Élysée.
C’est montrer que tant que subsisteront les méfaits destructeurs du pouvoir de l’argent, il n’y aura que la résistance pour avoir raison de leur nocivité. C’est là, ce que nous appelons le changement du rapport des forces.
Et comme le dit à juste titre le secrétaire général de la CGT, «  Il faut se mettre à l’offensive, sans attendre les réformes globales que nous voulons atteindre ».
Et sans doute, les débats de notre 18e Congrès seront-ils du plus grand intérêt dans l’urgente nécessité d’action qui est devant nous.
Merci.

Denise Foucard