Hommage à Henri Alleg

Henri Alleg est décédé le 17 juillet 2013, il avait 92 ans.

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Henri Alleg, en 2008, à la Fête de l’Humanité
cc 3.0 by-sa – julien

Jean-Paul Sartre a écrit de lui : « Henri Alleg a payé le prix le plus élevé pour avoir le droit de rester un homme ».

C’est en février 1958 que sorti le livre d’Henri Alleg, La question et ce fut une révélation, pour la première fois un témoignage venait confirmer ce que l’État voulait taire, à savoir que la torture était pratiquée par l’armée française en Algérie. Et ce témoignage, il venait d’un homme qui venait de passer un mois dans une prison militaire d’Alger et qui y avait été torturé. Henri Alleg, toujours détenu, avait réussi à faire passer ce manuscrit clandestinement, il y racontait les brûlures, la baignoire, la gégène, etc.

60 000 exemplaires du livre furent vendus en quelques semaines, avant que le gouvernement ne décide d’interdire l’ouvrage.

Le livre reparaîtra en Suisse et il en circulera clandestinement jusqu’à 150 000 exemplaires.

Henri Alleg est né le 1921. En 1939, il décide de s’installer en Algérie. Il milite alors au sein du Parti communiste algérien. En 1951, il est directeur du quotidien Alger Républicain. En 1955, le journal est interdit, il fait le choix de la clandestinité.

En 1957, il est arrêté par les parachutistes et sera torturé tout un mois durant. Il demeurera en prison et trois ans plus tard sera inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État et de reconstitution de ligue dissoute. Condamné à 10 ans de prison, il est transféré en France à la prison de Rennes dont il s’échappera pour rejoindre l’étranger.

Après les Accords d’Évian, il revient en France où il poursuivra son action militante contre le colonialisme et la reconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

« Il y a maintenant plus de trois mois que j’ai été arrêté. J’ai côtoyé, durant ce temps, tant de douleurs et tant d’humiliations que je n’oserais plus parler encore de ces journées et de ces nuits de supplices si je ne savais que cela peut être utile, que faire connaître la vérité c’est aussi une manière d’aider au cessez-le-feu et à la paix. Des nuits entières, durant un mois, j’ai entendu hurler des hommes que l’on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours dans ma mémoire. J’ai vu des prisonniers jetés à coups de matraque d’un étage à l’autre et qui, hébétés par la torture et les coups, ne savaient plus que murmurer en arabe les premières paroles d’une ancienne prière. »

Extrait de La question, éditions de Minuit, La Cité, Lausanne.