La culture en danger

En France, le pouvoir a toujours eut une attention particulière pour les arts et la culture.

Il y eu le mécénat royal, le dépôt légal créé par François 1er, l’Académie française par Richelieu, la Comédie française par Louis XIV.

La Révolution voudra des musées, dont le Louvre. En 1870 se crée un ministère des Lettres et Beaux-Arts, mais bien vite ses attributions seront confiés au ministère de l’Éducation.

En 1936 Jean Zay veut un ministère de la Culture mais le parlement s’y oppose.

En 1947 est créer le ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres, mais moins d’un an plus tard ce ministère sera réintégré au sein de l’Éducation nationale.

C’est le général de Gaulle qui recrée un ministère des Affaires culturelles en 1959 et en confit la responsabilité à Malraux.

Pour cela on retire à l’Éducation nationale la Direction des Arts et des Lettres, celle de l’Architecture et celle des Archives. Puis on transferts du Haut-commissariat à la Jeunesse et au Sport, les Activités culturelles et le ministère de l’Industrie cède le Centre national de la cinématographie.

Ainsi constitué ce ministère va prendre de plus en plus d’importance et sa pérennité est dès lors assurée.

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La CGT en Avignon
2013, Thierry Le Paon avec Hortence Archambault, la directrice du Festival.

Ces différentes étapes sont le reflet des conceptions idéologiques qui au cours des ans ont marqué l’approche des Arts et de la Culture.

Dans un premier temps la culture est l’apanage de l’élite, elle concours à la grandeur du prince et est directement sous son autorité. La bourgeoisie naissante ne démocratise pas mais s’attache à accumuler des richesses, à créer des collections. Ce n’est qu’avec l’évolution démocratique que le souci de former des citoyens se fait jour et l’idée qu’on ne doit pas séparer l’instruction publique, des arts et de la jeunesse.

Deux évolutions vont concourir à ce que l’on re-divise le ministère de l’Éducation : les besoins de la production qui assigne à l’école de doter les jeunes d’un métier et la généralisation du temps libre et des loisirs. Des considérations plus politiques vont également intervenir comme le partage des postes entre formations politiques à la Libération et la nécessité de ne pas laisser un ministère trop puissant à un seul homme.

Il faut dire également qu’à la Libération, le souci du renouveau national, la création des Comités d’entreprises, les mouvements d’éducation populaire et les politiques des municipalités, vont participer de l’émergence d’activités culturelles d’où l’évidence d’un ministère pour ce secteur.

Si De Gaulle, puis Pompidou tenaient à la culture, il n’en fut pas de même pour Giscard d’Estaing qui fit du ministère un secrétariat d’État.

En 1981 Mitterrand considérant que l’accès de tous à la culture devait être au centre d’un projet d’émancipation, redonne tout son lustre à ce ministère et en confit la responsabilité à Jack Lang.

Jusque-là le budget de la Culture se situait autour de 0,3 à 0,4 % du budget de l’État, Mitterrand le portera à 1 %. Ainsi doté ce ministère prend de l’importance et les initiatives se multiplient. Sous cette impulsion, villes, départements et régions vont augmenter leurs budgets culturels.

La droite revenue au pouvoir, le budget du ministère repasse sous la barre des 1 %.
Pendant la campagne électorale François Hollande devait renouer avec le discours de gauche sur la centralité de la culture. Il affirma que lui élu le budget de ce ministère serait sanctuarisé.

Malheureusement la réalité est toute autre et pour la première fois de l’histoire de notre République on a vu un gouvernement de gauche baisser le budget de la culture.

Au risque de mettre en danger bon nombre d’artistes et d’institutions, musées, théâtres, festivals, etc.

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Manifestation des professionnels du spectacle, Festival d’Avignon, 2013

Certes le gouvernement ne remet pas en cause le statut des intermittents comme un rapport de la cours de comptes aurait pu le faire craindre. L’industrie audio-visuelle et cinématographique a été sortie des accords commerciaux transatlantique et l’exception culturelle est respectée.

Mais la baisse de ce budget, que la modicité des sommes en jeux peine à justifier, intervient comme un signe d’une rupture idéologique avec toute l’histoire du mouvement pour l’émancipation et le droit pour tous d’accéder aux œuvres de l’esprit.

Jacques Aubert