Éditorial

Il l’a dit Moscovici : « L’entreprise c’est pas le problème c’est la solution ».

Et comme il a prononcé cette phrase historique lors d’une assemblée du Medef, on a compris qu’il fallait entendre : « Le patronat c’est pas le problème c’est la solution ».

Quand on pense qu’il y a quelques mois Hollande déclarait : « Mon ennemi c’est la finance » et que depuis on a eu le cadeau de 20 milliards pour la compétitivité, la casse du code du travail avec les mesures de sécurisation de l’emploi, qui en fait rendent plus facile les licenciements, et qu’aujourd’hui on promet aux patrons un allègement de leurs charges pour que seuls les salariés financent le coût des retraites, on peut dire que le changement, on l’a vu !

Pour autant ils n’ont pas l’air contents les patrons ! Gattaz ne cesse de le dire : « Il faut baisser le coût du travail ! » à l’en croire les salariés coûteraient trop cher et les patrons n’auraient plus les moyens de se les offrir.

Jusque-là on pensait naïvement qu’un salarié produisait plus que ce qu’on le payait et que c’est de là que naissaient les profits, mais à en croire Gattaz, pas du tout, les patrons n’embauchent que par charité. En fait, toujours d’après Gattaz, le salarié coûterait plus cher que ce qu’il produit, à cause des 35 h, du manque de formation, des arrêts maladies, des pauses clope et pipi, du poil dans la main de certain, sans parler des heures de mandats et des jours de grève. Donc c’est tout l’argent qu’on lui donne par pure bonté et avec les charges en plus qui plombe les comptes des entreprises.

En somme, c’est une évidence, si on supprimait les salaires, il ne fait pas de doute que les patrons n’hésiteraient plus à embaucher, la compétitivité des entreprises serait au maximum et le chômage disparaîtrait, sans compter que dans ces conditions verser une retraite à taux plein dès 60 ans et représentant au minimum 75 % d’un salaire égal à zéro, ne poserait plus aucun problème.

Certains diront : « Oui mais si les salariés n’ont plus d’argent, qui va acheter les belles marchandises dont nos usines, enfin compétitives, vont pouvoir inonder les étales ? »

À cette question, Gattaz vous répondra : « Les actionnaires bien sûr ! » et c’est pour cela qu’il veut qu’on arrête de taxer les profits, qu’il demande la suppression de l’ISF, pour que les patrons aient les moyens d’acheter ce que les travailleurs sans salaires auront produit, car si par hasard les marchandises ne se vendaient pas, même sans salaire, il est possible que les patrons rechignent à embaucher, ce qui prouve bien qu’on a besoin des riches pour que le pays fonctionne.

Comme quoi l’économie c’est facile à comprendre.

Reste le problème de ces millions de salariés sans revenus du jour au lendemain. En fait, au début on y gagne : plus d’oisiveté, plus de vice, la sous-alimentation fait baisser le cholestérol, la santé s’améliore, l’égalité salariale homme-femme devient réalité, etc., etc. Cela dit, il est possible qu’à l’horizon 2035 des effets secondaires apparaissent, mais d’ici-là...

Nous connaissons tous cette histoire du paysan qui, pour faire des économies, avait cessé de nourrir son âne, et qui au bout de quelque temps regrettait que l’animal soit mort, au moment où il commençait à s’habituer ? Eh bien l’histoire est fausse ! En fait si l’âne ne semblait rien dire au début, très vite les privations lui gâtèrent le caractère et un matin il accueillit le paysan par un grand coup de pied et c’est le maître qui mourut, pas l’âne.

Il se pourrait bien que les salariés un jour en fassent de même avec le patronat.

Jacques Aubert