La statue du Président

C’est bien connu, dès qu’un président de la République s’apprête à nous trahir, il convoque un héros de l’Histoire nationale pour tenter de nous convaincre du contraire.

Hier Sarkozy acceptant les exigences de la chancelière allemande n’avait rien trouvé de mieux que d’en appeler à Guy Môquet.

Aujourd’hui Hollande trahissant les idéaux socialistes vient faire allégeance à Jean Jaurès.

S’il y a quelques années les anciens résistants, pas plus que la jeunesse, ne s’étaient trompés sur la manœuvre élyséenne, il y a fort à parier que les socialistes, les vrais, ceux qui croient à terme à la socialisation des moyens de production et d’échanges, ne s’en laisseront pas compter cette fois encore.

La preuve : c’est sous les huées que François Hollande fut accueilli à Carmaux le 23 avril dernier où il était venu faire l’éloge de Jaurès et tenter de nous convaincre que sa politique s’inscrivait dans la lignée idéologique du grand homme.

À une brave dame qui lui faisait observer qu’il nous avait trahi et que Jaurès ne parlait certainement pas comme lui, il ne sut que balbutier « Mais si, mais si ! », ce qui en dit long sur la puissance de son argumentation.

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N. Sarkozy et F. Hollande lors de la passation de pouvoirs, le 15 mai 2012 au palais de l’Élysée.
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Certes, je n’ai pas la naïveté de penser que c’est spontanément que les habitants de Carmaux décidèrent de faire cet accueil à notre président, et pour qu’un résultat d’une telle puissance soit obtenu il a bien fallu qu’on y travaille en amont.

Mais le fond demeure, depuis l’invention du socialisme il y a eu des avancées et des erreurs, des victoires et des trahisons, mais c’est la première fois sans doute qu’un président va si vite et si loin dans le reniement de ses promesses.

Hier un illustre prédécesseur pour ne pas avoir fait les réformes attendues disait qu’il fallait savoir donner du temps au temps, on fit semblant d’y croire.

Aujourd’hui ce président semble dire que le temps est passé et que c’est l’idée même de socialisme qui n’aurait plus de sens, que le progrès social ne viendra plus du partage des richesses mais de l’enrichissement des plus fortunés, que ce n’est plus l’État qui régule le capitalisme mais que ce sont les profits qui peut-être demain permettront à l’État de récupérer des miettes.

Aller dire cela devant la statue de Jean Jaurès c’était effectivement prendre le risque que le monument ne se déboulonne et choit sur la tête du président.

Les huées ont au moins permis d’éviter l’accident et que la vérité historique soit préservée.

Quant au président, s’il tient vraiment à faire ses discours devant l’effigie d’un grand homme, qu’il choisisse Pinocchio, je suis sûr que personne ne viendra le lui reprocher...

Jacques Aubert