Chansons de l’est parisien

Le 21 septembre se tenait à Nogent-sur-Marne, le 12e colloque historique des bords de Marne, consacré cette année à la chanson populaire dans l’Est parisien.

Plusieurs historiens retracèrent l’histoire des bords de Marne de la moitié du 19e siècle à nos jours.

Jusqu’à une période récente, cet endroit protégé entre Nogent, Joinville, Bry, Le Perreux, Champigny et Saint-Maur était le lieu de villégiature préféré des parisiens et banlieusards, des milieux populaires. Les cafés, les guinguettes d’alors résonnaient des chants et danses de ces dimanches au bord de l’eau.

Ici commençait dès la moitié du 19e siècle le règne de la musique mécanique, puis vint l’accordéon avant que le phonographe ne fasse son entrée.

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Jean Dréjac
(Jean André Jacques Brun, 1921-2003).

Philippe Darriullat, nous parla des origines des « goguettes » qui, entre 1818 et 1849, rassemblaient chez un marchand de vins un public populaire où chacun pouvait à son tour chanter une chanson de sa composition sur un air connu. Les paroles étaient souvent subversives et il arrivait que la maréchaussée intervienne. Après 1849 il fut même interdit de chanter sans autorisation. Si les goguettes ne tardèrent pas à disparaitre, l’esprit en est resté jusqu’à l’après-guerre.

Si les bords de Marne sont un lieu de fêtes, cela n’empêche pas la présence des mauvais garçons, mais à l’époque les imaginaires se confondent, d’où cette chanson de 1935.

La Guinguette a fermé ses volets

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Lucienne Boyer
(Émilienne-Henriette Boyer, 1901-1983)

La guinguette a fermé ses volets
Les joyeux triolets
De l’accordéon fusent
On voit comme sur un écran
Des profils inquiétants
Dont les ombres s’amusent.
On dit que pourtant un costaud,
Qui frisa l’échafaud
Pour des vendus qui rusent
Vient d’entrer rageur.
En vengeur,
Oui mais
La guinguette a fermé ses volets

Le rythme des pas incertains
Soudain,
Serait-ce l’heure ?
Et dans l’accordéon plaintif,
Craintif, un son demeure….
Des jurons de voix mâles
Et des râles,
La chute de corps lourds
Hargneux, des coups sourds.

La guinguette a fermé ses volets
Le même son inquiet
De l’accordéon glace.
On voit comme sur un écran,
Des couples haletants
Dont les ombres grimacent,
On devine, au choc, la fureur
Des costauds en sueur
Qui roulent et s’enlacent,
On voudrait bien voir
Et savoir
Oui mais...
La guinguette a fermé ses volets
Le calme revient brusquement.
Vraiment
Est-ce un leurre ?
Pourquoi ces sanglots convulsifs,
Furtifs ?....
Des femmes pleurent.
Là-bas, un couple traîne
Vers la Seine
Quelque paquet maudit !
Qui sombre en la nuit...

La guinguette a rouvert ses volets
Les joyeux triolets
De l’accordéon fusent
Les lampions éclairent, discrets,
Les couples guillerets
En leurs ombres confuses
On dit que ce soir, le costaud,
Qui frisa l’échafaud
Pour des vendus qui rusent,
Est sorti très gai
Est-ce vrai ?
Oui mais...
La guinguette avait mis ses volets.

Ah ! le petit vin blanc

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Lina Margy
(Marguerite Verdier, 1909-1973). Partition de 1954.

Refrain
Ah ! le petit vin blanc
Qu’on boit sous les tonnelles,
Quand les filles sont belles
Du côté de Nogent,

Et puis de temps en temps,
Un air de vieille romance,
Semble donner la cadence,
Pour fauter, pour fauter,
Dans les bois, dans les prés,
Du côté de Nogent.

Voici le printemps,
La douceur du temps,
Nous fait des vacances,
Partez mes enfants,
Vous avez vingt ans,
Partez en vacances,
Vous verrez agiles,
Sur l’onde tranquille,
Les barques dociles,
Au bras des amants,
De fraîches guinguettes,
Des filles bien faites,
Les frites sont prêtes,
Et y’a du vin blanc !

Refrain
Suivons le conseil,
Monsieur le Soleil,
Connait son affaire,
Cueillons, en chemin,
Ce minois mutin,
Cette robe claire,
Venez belles filles,
Soyez bien gentilles,
Là sous la charmille,
L’amour vous attend,
Les tables sont prêtes,
L’aubergiste honnête
Y’a des chansonnettes,
Et y’a du vin blanc !

Refrain
Car c’est toujours pareil,
Tant qu’y aura du soleil,
On verra les amants,
Au printemps,
S’en aller pour fauter,
Dans les bois, dans les prés,
Du côté,
Du côté de Nogent !

Madeleine Quéré
P.S. :

Les éléments de cet article ont été donnés par Madeleine Quéré.