L’Union départementale CGT du Val-de-Marne à Châteaubriant

C’est maintenant une tradition. Chaque année à l’occasion de la commémoration de la fusillade de Châteaubriant, l’UD CGT du Val-de-Marne, avec les camarades de l’USR et l’IHS, organisent un déplacement pour assister à cette commémoration.

 La journée

Cette année encore c’est un peu avant 6 h, que ce dimanche 20 octobre 2013, les camarades ont commencé à se rassembler devant la Maison des syndicats à Créteil.

À 6 h 30, le car est parti. Deux heures plus tard courte pose café et nous reprenions la route.
À 11 h 30, nous arrivions à Châteaubriant. Apéritif, pique nique et à 13 h 30 les enfants des écoles arrivèrent pour former le défilé et nous les suivons jusqu’à la carrière.

Après la cérémonie officielle. Ce fut le temps des discours. Cette année c’est Thierry Lepaon qui, au nom de la CGT, prononça le discours. Nous reproduisons cette intervention dans les pages qui suivent.
Après les discours, un spectacle remarquable intitulé L’avenir vient de loin devait clore cette manifestation.

Sur scène ce sont des amateurs, des gens de Châteaubriant, des enfants des écoles.
Ils évoquent la montée du fascisme, les persécutions contre les communistes allemands, les juifs.
Ils disent la guerre, l’Occupation, l’attentat du 20 octobre 41 où deux officiers allemands sont abattus, puis les otages, la mémoire des fusillés, dont Guy Môquet.
Ils parlent de la Résistance, du courage des femmes et des hommes de ce temps-là.
Ils rappellent la Libération et le programme du CNR, Les jours heureux.
Pour finir comédiens et spectateurs tous ensemble reprennent L’âge d’or, la chanson de Léo Ferré.

Autant dire que l’émotion fut au rendez-vous.

Le temps d’une photo et nous reprenons le car vers 18 h.

À 19 h 30, halte sur l’autoroute pour le casse-croûte du soir.
23 h nous arrivons devant la Maison des syndicats à Créteil. On remercie Michel et Rachid qui, comme chaque année ont assuré l’intendance et on se promet de revenir l’année prochaine.

Encore une fois ce fut une belle et bonne journée, un moment de souvenir des luttes passées mais aussi un temps pour l’action des luttes à venir.

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L’hommage de la délégation du Val-de-Marne.

 L’âge d’or

Nous aurons du pain doré comme les filles sous le soleil d’or
Nous aurons du vin, de celui qui pétille même quand il dort
Nous aurons du sang dedans nos veine blanches
Et le plus souvent lundi sera dimanche
Mais notre âge alors, sera l’âge d’or
Nous aurons des lits, creusés comme des filles dans le sable fin
Nous aurons des fruits, les mêmes qu’on grappille dans le champ voisin
Nous aurons bien sûr, dedans nos maisons blêmes
Tous les becs d’azur qui là-haut se promènent
Mais notre âge alors, sera l’âge d’or
Nous aurons la mer à deux pas de l’Etoile les jours de grand vent
Nous aurons l’hiver avec une cigale dans ces cheveux blancs
Nous aurons l’amour dedans tous nos problèmes
Et tous les discours finiront par « Je t’aime »
Vienne, vienne alors, vienne l’âge d’or.

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La délégation du Val-de-Marne

 Intervention de Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT

(Châteaubriant, 20 octobre 2013)

Mesdames et Messieurs les membres de l’association,
Avec une pensée particulière pour notre chère Odette,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les Élus,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis, chers camarades,

Nous voici à nouveau devant vous, les 27 martyrs de Châteaubriant, les 16 de Nantes et les 5 du Mont Valérien.

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Thierry Lepaon
Pendant le 50e congrès de la CGT

Honorer votre mémoire toujours vivante, celle des fusillés de Souges, de la Blisière, des 82 de Nantes et celle de tous les fusillés de la Résistance c’est reconnaître notre dette.

Mais nous venons aussi à vous pour nous ressourcer et nous projeter.
Ce lieu et votre sacrifice nous parlent d’avenir. Ils nous disent que l’avenir vient de loin. Ils nous parlent d’espoir, de la grandeur de l’homme, de sa dignité, du courage. Ils nous disent qu’un pays peut sombrer et qu’il peut se redresser.
Ils nous rappellent qu’au plus profond du gouffre des femmes et des hommes n’ont pas renoncé et que la force de leurs convictions, la force collective du peuple ont vaincu la force brutale de la barbarie.

Au moment où tout peut sembler perdu, tout peut renaître.
Ainsi le martyr de nos camarades et frères, ce 22 octobre 1941, eut une immense portée, un immense retentissement. Bravant l’occupant, dès le dimanche suivant, clandestinement, les Castelbriantais, vinrent fleurir l’emplacement des poteaux d’exécution. La terreur que voulut imposer l’occupant et ses valets se retourna contre eux. L’ennemi se dévoila. L’esprit de résistance et d’union grandirent progressivement.

Les 27 résistants fusillés ici tombèrent pour la France et sa libération. Ils ont contribué à rassembler en un combat terrible toutes les forces qui avaient en commun de refuser la défaite, la collaboration, l’esclavage, l’avilissement. Ainsi, dès sa naissance, la Résistance fut à la fois formidablement diverse et constitua un tout.

Appuyés contre le ciel, vous avez refusé les bandeaux et avez regardé votre mort en face.
C’est sous ce regard que nous nous plaçons maintenant avec reconnaissance et humilité.

La grande interrogation des hommes de progrès des générations qui n’ont pas connu la guerre, la question qui nous étreint et nous serre le cœur reste : « Mais qu’aurais-je fait à leur place, aurais-je eu le courage ? ». Ainsi résonne en nous la phrase de Guy Môquet « Les copains qui restez ! Soyez dignes de nous les 27 qui vont mourir  ».

Si nous venons vers vous, c’est donc aussi pour regarder en nous-mêmes afin d’être dignes de vous. C’est le sens de cette cérémonie et de l’engagement de la CGT depuis le début. C’est cet engagement que nous renouvelons ici et que nous continuerons. Ce sont nos valeurs, c’est notre histoire.

Dans une France occupée, trahie et effondrée, le mouvement ouvrier pourtant affaibli, gravement divisé et désorganisé, a su trouver la force pour s’opposer, montrer le chemin et ouvrir des voies nouvelles.

Son action prolongeait les luttes commencées bien avant l’invasion nazie. La féroce répression qu’il subissait sous la botte de l’occupant avait commencé plusieurs mois auparavant, en particulier à partir de novembre 1938. Son engagement dans le combat patriotique continuait le combat de classe, les années de feu et de sang en 1934-1935, sa lutte contre le fascisme et son engagement pour la République espagnole.

Dans la rue et aux portes des usines, durant ces années, nombre de salariés et de dirigeants syndicaux s’étaient opposés et affrontés aux forces fascistes et réactionnaires. À l’inverse, le patronat fit le choix de la défaite. Il mit en application, pendant l’occupation, ce qu’il murmurait avant, « Plutôt Hitler que le Front populaire ».

L’industrie, la finance, l’appareil de production furent mis au service de l’ennemi. La bourgeoisie et le patronat touchèrent les bénéfices et les dividendes. Si les balles qui abattirent les résistants furent allemandes, la liste fut française. Pierre Pucheu, ministre de l’intérieur de Vichy, l’homme du Comité des forges, de la banque Worms, écrivit les noms. Ce fut un choix délibéré, un acte politique, l’expression de la haine de classe, un gage donné à l’occupant.

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Le cortège des écoliers traverse la ville

Il n’y eut ni rafle précipitée, ni affolement mais un froid calcul politique et bureaucratique. Cela faisait déjà un an qu’ils avaient été raflés, arrêtés, internés à Aincourt, emprisonnés à Poissy, Clairvaux ou ailleurs avant d’être transférés à Châteaubriant.

À l’intérieur même du camp ils avaient eu le temps, le courage et la force collective de s’organiser, de s’instruire, de se cultiver, de résister, simplement de vivre. Ils étaient classés politiques, résistants politiques ; c’est pour cette raison qu’ils furent choisis, prélevés et offerts à l’ennemi par les collaborateurs et les traîtres.
Pucheu les connaissait bien ces hommes, ces dirigeants de fédérations, ces militants syndicalistes et communistes : Timbaud, Poulmach, Granet, Vercruysses, Charles Michels, Grandel, Pillet, Perrouault.

Ils avaient participé aux grandes conquêtes sociales de 1936, lutté, négocié et arraché au patronat des avancées sociales considérables. Le misérable calcule : il sait combien d’années de luttes quotidiennes sont nécessaires pour former des dirigeants de fédérations syndicales ouvrières. Inscrire ceux-là en première place, c’est amputer la classe ouvrière. Il sait aussi que frapper la jeunesse c’est priver d’avenir.

Or, c’est justement pour son avenir qu’aujourd’hui comme hier la jeunesse se bat.
Son enthousiasme, son engagement, sa soif d’idéal sont les meilleures garanties de progrès social, de construction d’une société dynamique et ouverte. Cinq des fusillés de Châteaubriant ont moins de 22 ans, dix des 16 de Nantes ont moins de 23 ans. Ils payent tous pour l’héroïsme d’une jeunesse qui avait su braver l’ennemi, commencé à s’organiser et manifester dès les 8 et 11 novembre 1940.

Pucheu continuait ainsi sauvagement l’œuvre d’une bourgeoisie ivre de revanche après les concessions faites sous la contrainte des luttes en 1936. Elle avait déjà commencé à assouvir sa vengeance et mis, depuis plusieurs années, tous ses moyens et ceux de l’État pour tenter de briser le mouvement ouvrier.

Pourtant, malgré les risques, la répression et les trahisons, dès l’automne 1940, les Comités populaires dans les entreprises de la métallurgie, du bâtiment, de la chimie, à la SNCF, dans le métro, à l’Opéra permettent de poursuivre l’action. Ils sont le levain.

Dans le pays occupé, ce furent des milliers d’actes quotidiens, des gestes en apparence bien minimes et bien modestes, pourtant terriblement dangereux, qui lentement forgèrent l’esprit de résistance. Ils précédèrent de grandes initiatives et se conjuguèrent à des actions de masses ou d’éclat.

Ici, des doigts agiles écrivirent sur les murs de nos villes, là des milliers de mains expertes grippèrent la machine de guerre nazie et sabotèrent la production de guerre, plus loin des tracts furent distribués, notre vie ouvrière clandestine, le journal de la CGT, fut reproduite et passa de main en main dès janvier 1940. Grèves et arrêts de travail, prises de parole dans les usines se succédèrent. Cent mille mineurs du Nord et Pas-de-Calais furent impliqués dans la grande grève de mai-juin 1941. La répression fut terrible, avec des centaines de militants arrêtés, emprisonnés, fusillés, déportés. On comprend ainsi la phrase de François Mauriac : « Seule, dans sa masse, la classe ouvrière est restée fidèle à la patrie profanée ».
C’est ce vaste mouvement revendicatif pour l’augmentation des salaires, pour le pain, du savon, du travail, l’amélioration du ravitaillement, contre l’augmentation des heures de travail qui peu à peu forgea l’unité. Revendiquer au quotidien a été une des voies de constitution de la résistance. L’ensemble trace le chemin à suivre aujourd’hui dans d’autres conditions.

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Pendant le spectacle

Quelles que soient les manœuvres de l’adversaire, quelles que soient les divisions, partir des aspirations et des revendications permet d’unir et de surmonter les obstacles.

Dans l’entreprise, aujourd’hui, dans un contexte radicalement différent, nous pouvons nous inspirer de ce patient travail pour surmonter le poison de la division, pour rassembler, pour construire une visée collective de progrès social. Sans ce travail opiniâtre à partir des revendications, la résistance n’aurait pas eu ce caractère à la fois national et populaire, unissant, indépendamment des convictions et des croyances. Le chemin fut certes difficile et semé d’embûches.

Il fallut surmonter bien des réticences et des répugnances. Pourtant, malgré la clandestinité, l’action revendicative et une démarche syndicale lucide, conduisirent progressivement aux accords du Perreux du 17 avril 1943.

Les lignes avaient bougé parce des forces organisées s’étaient créées dans la vie, dans les luttes, grâce au travail des Comités populaires. La reconstitution de l’unité de la CGT fut le résultat de la prise en compte de la réalité d’une masse qui avait évolué. Quarante et un jours plus tard se constituait le CNR. La force de persuasion unitaire des « accords du Perreux » eut vraisemblablement une influence déterminante sur cet événement, qualifié de « capital » par le général de Gaulle.
Soixante-dix ans après, la réalité sociale de notre pays en reste marquée.
Si la libération de la France s’est accompagnée de fantastiques progrès sociaux qui permirent le redressement national, nous le devons à ce vaste et obscur mouvement, à l’opiniâtreté et la force de conviction de milliers de femmes et d’hommes, au rôle de la classe ouvrière, du monde du travail et de notre syndicalisme dans la résistance. Le programme du CNR puis sa mise en application furent nourris des combats antérieurs à la guerre, des conquêtes sociales de 1936 et de l’expérience acquise dans la lutte quotidienne.

Se défaire du modèle social né après la guerre, en finir avec la protection sociale, les garanties collectives, les services publics, hante toujours le patronat. C’est précisément la raison du déchaînement actuel du patronat et des forces réactionnaires contre le mouvement syndical et les conquêtes sociales issues de la mise en application du programme du CNR. L’arme de la division, la calomnie, certains propos les plus nauséeux dans la presse contre le syndicalisme visent à affaiblir le camp des salariés. L’audience des thèses et des partis d’extrême droite en France et en Europe, les complaisances et rapprochements dont ils bénéficient, présentent quelques similitudes avec la montée des fascismes dans les années trente.

Sur fond d’une grave crise économique et sociale, des forces profondes travaillent notre société.
Si l’avenir vient de loin, à l’inverse le ventre est encore fécond d’où naquit la bête immonde. La soumission aux puissances du capital, le renoncement à l’action et au progrès, la désignation de bouc-émissaires entretiennent un terreau fertile pour l’extrême droite.

Or, nous en faisons serment ici : de toutes ses forces, la CGT combattra ces thèses étrangères et contraires à nos valeurs. La CGT prend ses responsabilités pour alerter le monde du travail.

Votre combat, Camarades, votre mort nous éclairent. Nous savons jusqu’à quelles extrémités peuvent aller nos adversaires de classe. Mais, grâce à vous, nous savons aussi qu’il n’y a rien d’inéluctable, que l’indigne côtoie le sublime, que la victoire est quelquefois bien proche du désastre.

Vous nous avez donné une formidable leçon d’humanité. Nous voulons rester dignes de vous.

Chaque femme et chaque homme de notre pays peut compter sur la CGT pour continuer votre combat pour la liberté et le progrès social.

Jacques Aubert Thierry Lepaon